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   Je découvris un étonnant jardin qui dominait la rivière. Immense il montait en pente douce à perte de vue. Sans aucune clôture il longeait le chemin que j'avais emprunté. Le jardin m'invita à cheminer entre ses arbres, à me pencher devant chacun. Au pied de chaque arbre, dans la tiédeur de la terre reposait un défunt. Ses cendres aidaient l'arbre à grandir et même parfois à fleurir.

Certains arbres étaient déjà bien grands, d'autres venaient à peine de croître. D'essences diverses, leurs feuilles vertes toute l'année ou toutes jeunes du printemps nouveau bruissaient dans le vent. L'arbre d'un jeune homme ouvrait timidement ses fleurs, pendant que celui d'une vieille dame dansait dans la lumière.

Au pied de chaque arbre poussait un petit jardin de forme ronde. Tous ces cercles vivants aménagés de fleurs, de cailloux blancs, d'écorces, de statuettes, de petits mots en signe d'hommage diffusaient un émouvant témoignage à chaque pas.

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Par endroit des mobiles musicaux chantaient en coeur dans la brise. Un peu plus loin des cercles d'une grande sobriété ne présentaient qu'une simple plaque émaillée pour indiquer le nom du défunt. Ou bien une ardoise gravée, une tomette de terre cuite, un simple morceau de bois travaillé laissaient deviner le deuil en cours, le besoin de temps.  Ici une petite statuette bleue comme une vierge, là-bas un bouddha en méditation, mais pas de croix, aucun autre signe religieux. Des bancs invitaient à méditer, à rester là un moment au milieu des arbres, face à la rivière.

Dans le jardin reposaient des centaines d'âmes et des torrents de larmes. Mais la peine avait laissé naître la vie sous une autre forme. Le souvenir et la mort prenaient un sens nouveau.

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